Bonjour à tous ! On se retrouve aujourd’hui pour le lancement d’un nouveau format qui nous tient fortement à coeur : Portrait d’auteur / Portrait d’autrice ! Nous vous donnons rendez-vous tous les mois pour un nouveau portrait. 

On commence dès aujourd’hui par une invitée de choix : il s’agit d’Aurélie Valognes, première auteure la plus lue en France et qui vient de publier La cerise sur le gâteau aux éditions Mazarine !

Quentin : Bonjour Aurélie, peux-tu te présenter rapidement ?

Aurélie Valognes : Bonjour à tous, je m’appelle Aurélie Valognes, j’ai 36 ans depuis quelques jours. Je suis mariée et maman de deux enfants. Après avoir travaillé pendant plusieurs années en marketing et communication dans différentes entreprises, je suis aujourd’hui romancière. J’ai écrit en tout 5 romans, mon dernier étant La Cerise sur le gâteau paru en mars dernier. Et si j’ai toujours l’inspiration, il y en aura d’autres.

Q : D’après le classement GfK 2018 des dix auteurs francophones, tu te classes à nouveau cette année comme l’auteure préférée des Français mais également en 4ème place des ventes de roman (834 500 romans) devant Marc Levy. Qu’est-ce que cela te fait ? Est-ce que cette nouvelle notoriété a changé, de manière consciente ou inconsciente, ton rapport à l’écriture et à l’objet-livre ?

A : Je ne pense pas. Enfin, pas forcément. Tout d’abord, je suis extrêmement flattée, émue et surtout très heureuse de ce qui m’arrive. J’ai même souvent du mal à y croire. Lorsque je venais en France (ndlr : Aurélie Valognes a habité pendant plusieurs années à Milan, en Italie), je ne trouvais pas forcément mes livres en librairie. Maintenant que je suis de retour en France, je prends plus la mesure de ce qui m’arrive. Mais est-ce que cela a changé quelque chose dans ma manière d’être ou d’écrire ? Disons que je m’autorise aujourd’hui à être celle que je suis vraiment.

Avant, j’ai toujours eu l’impression d’être en décalage, que ce soit au travail comme avec ma famille. J’ai toujours été la fille qui ne parlait pas forcément aux repas de famille, qui préférait passer son temps à lire des romans. Maintenant que ma passion s’est réveillée et surtout que je la vis pleinement, je n’ai plus besoin de me justifier de qui je suis auprès de mes proches. Mes lecteurs plébiscitent mes histoires, je vis de ma passion, et le plus important je pense, c’est que j’ai réussi à trouver qui je suis réellement. Ce qui me permet plus de liberté dans mon écriture car je sais que les lecteurs me suivent. 

Si l’on prend mon 4èmeroman (ndlr : il s’agit d’Au Petit Bonheur la chance paru en 2018), j’ai eu peur de perdre mes lecteurs, notamment les plus jeunes, avec une histoire qui se passait dans les années 60.  Mais aujourd’hui, je me fais beaucoup plus confiance qu’avant. Cela est certainement dû à la chance incroyable que j’ai de pouvoir voir l’amour que les lecteurs me portent, qui me disent au fil de nos rencontres de ne rien changer. Cela me regonfle d’une manière assez extraordinaire. Et cela ne durera le temps que cela durera, mais j’en prends le maximum possible.

Ma vie n’a au final pas tant changé. Ce que cela m’a surtout permis, c’est de revenir vivre en Bretagne, auprès de ma famille. Cette nouvelle vie n’aurait certainement pas pu être possible sans cela. Avant d’être une auteure, je suis surtout et avant tout une grande lectrice. J’ai toujours eu la curiosité de savoir pourquoi tel ou tel auteur racontait tel ou tel fait dans ses romans. Mais bien souvent, aucune explication ne venait après le point final du roman. J’étais alors frustrée. C’est pour cela que, lorsque j’ai écrit Mémé dans les orties, j’ai souhaité raconter le pourquoi du comment. Même si je ne me suis certainement pas entièrement dévoilée car j’étais plus pudique que maintenant.

Aujourd’hui cela va mieux, j’arrive plus facilement à parler de moi et à expliquer pourquoi j’ai souhaité parler de tel ou tel sujet. Dans mes précédents livres, je parlais de mon grand-père, de mon père, de ma mère … Dans le 6èmeroman que je suis en train d’écrire, je parle plus de moi. J’ai en effet envie de creuser mon enfance, tout en continuant bien sûr de cacher tout cela derrière l’identité fictive d’un personnage. Car je trouve que plus on rentre dans la vie intime de l’auteur, plus on peut coller au lecteur.

Q : Avec le nombre impressionnant de livres publiés chaque année, et maintenant également de livres auto-publiés, quels sont les conseils que tu pourrais donner aux personnes souhaitant se lancer dans l’écriture d’un livre ?

A : Je pense qu’il faut avant tout rester fidèle à qui l’on est. Je pense que ce qui a finalement marché avec moi, et les raisons pour lesquelles les lecteurs aiment ce que j’écris, c’est tout ce qu’un éditeur aurait refusé à l’origine. Le fait de parler de l’humour, de la vraie vie, d’utiliser des expressions vieillottes, de parler de mes parents en filigrane, de choisir une couverture qui ne cadrait absolument pas avec les tendances du marché. Mais j’ai décidé de faire ce que je voulais, ce qui me correspondait le plus.

Pour l’anecdote, après avoir entamé les discussions avec Michel Lafon pour Mémé dans les orties, j’ai encore reçu quelques lettres de refus de la part de maisons d’édition. Je pense aujourd’hui que l’autoédition est une véritable chance pour les personnes souhaitant écrire. J’aime beaucoup une phrase que dit Jean-Claude Dusse (ndlr : personnage joué par Michel Blanc dans Les Bronzés font du ski) : « Oublie que t’as aucune chance, vas-y fonce ! On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher ! ». Si on m’avait dit à l’époque que je pourrais un jour vivre de mes livres et devenir auteur, jamais je n’y aurais cru. Avec le nombre de livres qui paraissent chaque année, il y a très peu de chance d’arriver à percer. Mais on ne sait jamais, sur un malentendu cela peut marcher.

Je suis par exemple persuadée que si j’avais écrit Mémé dans les orties de la même manière, mais quatre ans avant, cela n’aurait pas marché. Ou encore si je n’avais pas eu la chance de rencontrer les bonnes personnes. Enfin, si je dois donner un dernier conseil, ce serait d’avoir de la rigueur. De mon côté, cela me vient de mes 15 années de travail. Lorsque j’ai commencé à écrire, j’ai écrit pendant 6 mois non-stop. Il faut réussir à se faire violence, à travailler beaucoup et surtout se faire confiance. Ne jamais laisser personne dire que l’on est pas écrivain.

Q : Que penses-tu, de manière générale, du monde de l’édition tel qu’il est aujourd’hui ? Penses-tu qu’il a réussi à s’adapter aux changements de notre époque (le web, l’auto-édition…) ou qu’un gros travail reste encore à faire ?

A : Cette question me fait penser à quelque chose par rapport à la précédente. Avant, la réputation d’un livre était faite grâce à l’avis d’un ou deux critiques très reconnus. Mais aujourd’hui, cela a tendance à s’inverser et j’ai l’impression que les lecteurs et blogueurs ont repris la main. Ce que je trouve plus que positif, puisqu’ils permettent ainsi à tous les types de littérature d’exister. Et peut-être même que cela oriente le choix de certains éditeurs.

Il va sans dire qu’aujourd’hui les maisons d’éditions sont de plus en plus connectées et qu’elles cherchent désormais de plus en plus les petites pépites auto-publiées via Wattpad, Amazon … C’est un travail de recherche que je trouve extrêmement positif. Mais j’ai encore l’impression que certains éditeurs le font plus par opportunité que par réelle conviction ! Il s’agit ainsi pour eux plus d’une caution pour montrer qu’ils sont encore dans le coup, à la mode. 

D’autres maisons, comme c’est le cas par exemple de Mazarine, ont vraiment compris l’intérêt de ce type d’ouvrage et le font avec joie et de manière totalement pro-active (ndlr : Mazarine a notamment lancé le Mazarine Book Day, permettant aux auteurs de venir défendre leurs livres devant des éditeurs / lecteurs / blogueurs). L’avantage de ces nouvelles formes d’édition est qu’il y a de plus en plus de femmes qui osent écrire et surtout qui osent publier leur travail. Cela permet également de faire émerger de nouveaux styles de littérature. Il y a 4-5 ans, la comédie familiale en littérature française n’existait quasiment pas. Ainsi, je pense que les blogueurs sont plus prescripteurs aujourd’hui que les critiques littéraires de grandes émissions / de grands journaux.

Q : Est-ce que d’après toi il y a un décalage entre les grands prix littéraires (Goncourt, Renaudot, Femina, prix RTL – Lire …) et les attentes des lecteurs ? Si l’on regarde le classement GFK, seul Joël Dicker (Grand prix de l’Académie Française) et Pierre Lemaitre (Goncourt et d’autres grands prix) en ont reçu un.

A : Je trouve qu’encore aujourd’hui, certaines personnes estiment que la littérature doit faire partie d’un cadre très précis, très genré. Ainsi, certains prix, très parisiens, correspondent à ces critères prédéfinis. On oppose encore « histoire populaire » avec un style d’écriture. Comme si cela était impossible d’écrire un roman à succès et un roman qui peut gagner des prix. Je suis l’une des premières à lire, chaque automne, les titres primés.

Je trouve que l’un des contre-exemples parfait des dernières années est Pierre Lemaitre. A l’époque de la publication de ses polars, bien qu’il ait reçu plusieurs grands prix du polar français, il était très décrié. On lui reprochait son style d’écriture, et surtout d’avoir choisir le polar. Mais lorsqu’il s’est mis au roman plus historique (ndlr : Avec Au Revoir là-haut, prix Goncourt 2013), il a eu droit à une seconde chance. Malgré tout, cela montre qu’il faut encore rentrer dans un certain cadre pour pouvoir être dans les radars des jurés des prix.

Aujourd’hui, dès que l’on commence à écrire, les auteurs sont mis dans une case. De mon côté, on m’a rangée dans la case « roman populaire ». Ce qui fait très certainement que je ne recevrais jamais de prix venant de professionnels. Mais d’autres, qui sait peut-être un jour ! Avec mon nouveau roman, je fus par exemple dans la sélection des 15 romans pour le prix de la maison de la presse. J’avais été choisie pour la dimension écologique de mon ouvrage, jugée intéressante car elle permettait de réfléchir sur le monde qui nous entoure. Quand on entre dans le milieu de l’édition, je suis persuadée qu’il faut rentrer par la bonne porte pour être du côté des prix. Mais sincèrement, je n’en ai pas besoin. Je préfère largement avoir le soutien de mon public. Je trouve juste dommage qu’aujourd’hui, on range encore les personnes dans des cases.

Q : As-tu encore le temps de lire ? Si oui, quel est ton livre de chevet actuellement ?

A : Oui, je prends encore le temps de lire. Je suis quelqu’un qui dort peu la nuit. Quand mon mari vient me chercher pour que l’on aille dormir vers 23h, je lis encore généralement jusqu’à 2h du matin. Il m’est impossible de dormir sans avoir lu. En ce moment, je suis également en train d’écrire mon nouveau roman dans mes carnets. Du coup, j’ai vraiment besoin de lire plusieurs genres différents, notamment des livres psychologiques. Cela me permet de m’ouvrir. Je suis surtout à la recherche de la véracité des émotions, de la manière de les retranscrire le plus fidèlement. Lire pour moi est donc primordial. En ce moment, je suis en pleine lecture des deux derniers ouvrages de Delphine de Vigan : Les Gratitudes ainsi que Les loyautés.

Q : As-tu des livres / auteurs qui t’ont donné envie d’écrire ?

A : Je pourrais citer Annie Ernaux, que j’ai découverte après avoir écrit Mémé dans les orties. Je me suis à un moment donné des questions par rapport à mes parents, à la vie quotidienne, au divorce… C’est-elle qui m’a montré qu’il était possible de parler de soi sans filtre, tout en continuant à captiver le lecteur. Lorsque je lis ses textes, j’ai envie de me dévoiler plus. Ce que je n’ai pas encore fait.

En ce qui concerne l’envie d’écrire… J’ai grandi avec des histoires simples. Depuis que je suis petite, je suis fan de Jack London (Croc Blanc, L’Appel de la forêt…) Il y a également Les Quatre Filles du docteur March de Louisa May Alcott qui m’a énormément interpelée. C’est peut-être cliché, mais je me suis rendu compte grâce à ce livre que je pouvais m’autoriser à être rebelle en devenant écrivaine, comme Jo a pu le faire.

Un de mes gros coups de cœur littéraire, c’est bien évidemment Romain Gary. Il reste l’un de mes auteurs préférés. Par exemple, La Vie devant soi m’a donné envie d’écrire Au Petit Bonheur la chance. Lorsque je lis l’histoire de Momo, j’ai l’impression de lire quelque peu l’histoire de mon père. Bien que les deux n’ont pas forcément de lien. Je pourrais également citer Eric-Emmanuel Schmitt, qui est très doué pour nous faire ressentir plusieurs émotions différentes en même temps comme avec Oscar et la dame rose. Et il y a aussi Virginia Woolf. Je crois que ce que j’apprécie le plus dans mes lectures, c’est que le livre grandisse avec moi.

 Q : Si tu ne devais retenir qu’une chose de ton aventure dans les livres, qu’est-ce que cela serait ?

A : Que ce n’est pas parce que l’on a une vie courte qu’elle ne sera pas magnifique. Je pense que cela résume parfaitement l’aventure que je vis actuellement. Cela n’arrive qu’une fois dans une vie. Ce fut déjà une superbe aventure que de passer de l’autoédition à l’auteure la plus lue en France en si peu de temps ! Ce que je retiens surtout, c’est que chaque jour qui passe est un pur bonheur. J’ai déjà eu plus que ma part de chance et d’accomplissement personnel. Peut-être qu’un jour, demain même, il arrivera quelque chose et que tout cela sera fini.

Et si tout devait s’arrêter demain, je ne regretterais rien. L’un des meilleurs conseils que je peux donner c’est que si vous avez envie d’écrire : Foncez ! Vivez votre rêve. De mon côté, j’ai eu une chance extraordinaire de vivre ce rêve à tout juste 30 ans. Mais je sais que si je n’avais pas commencé à écrire là, cela aurait été à 40 ans, ou à 50 ans, ou même plus tard !

Q : Est-ce que nous allons te retrouver l’année prochaine ?

A : Si tout va bien ! oui ! J’ai déjà une idée pour mon sixième roman. Ce que je vais surtout faire, ce dont j’ai envie, c’est de continuer à rencontrer mes lecteurs. Je vais d’ailleurs prochainement me rendre à Lyon, Brive, Nancy, puis plus tard à St Maur et même certainement Angoulême. Et bien sûr je serai de retour à Paris en 2020 pour défendre mon nouveau livre. Tant que je suis encore en pleine santé, je serai sur les routes. Même si j’avoue fatiguer de temps en temps et avoir parfois besoin de lever un peu le pied. Mais c’est encore un réel bonheur pour moi.

Merci à tous en tout cas d’avoir lu ce portrait d’Aurélie Valognes ! Nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour découvrir un nouveau portrait d’auteur / d’autrice !

Nous vous invitons également à découvrir d’autres questions que j’ai eu l’occasion de poser à Aurélie sur ses expériences professionnelles, comment elle communique autour de ses livres et sur les futures adaptations cinématographiques de ses romans, en vous rendant sur le le webzine COMinside