Il y a un peu plus d’un an, je vous parlais de Couleur de l’incendie, second tome qui faisait suite à Au revoir là-haut, livre ayant reçu le prix Goncourt en 2013. Aujourd’hui, il est l’heure (avec une pointe de tristesse) de conclure cette magnifique trilogie Les Enfants du désastre avec le troisième et dernier tome : Miroir de nos peines.

Attention, je spoil dans cette chronique des éléments tiré du premier volume. Si vous ne l’avez pas lu, vous pouvez vous procurer Au revoir là-haut en cliquant ici.

L’histoire

Il est toujours difficile de résumer en quelques mots un livre de cette trilogie, sans en dire trop peu ou pas assez. Pour vous dresser un portrait du roman, nous avons au centre Louise Belmont. Ce nom vous dit quelque chose ? Bien évidemment, puisqu’il s’agit de la petite Louise qu’Albert et Edouard rencontre dans le premier roman et qui va les aider.

On retrouve donc Louise en 1940 à Paris. Elle a alors 30 ans, sert dans le restaurant de M. Jules tout en cumulant cet emploi avec celui d’instructrice. Chez M. Jules, Louise sert régulièrement un drôle de personnage, le docteur Thirion. Un jour, celui-ci va lui faire une proposition plus qu’étrange : se mettre à nue devant lui dans une chambre d’hôtel, contre une grosse somme d’argent. Il lui jure que ce sera tout. Elle va alors suivre le docteur qui va l’emmener dans une aventure d’un soir plus qu’horrible, qui aura une répercussion énorme sur le reste de sa vie.

Comme aime le faire Pierre Lemaitre, nous découvrons en parallèle deux personnages : Gabriel, professeur de mathématique, intègre et droit ; et Raoul Landrade, petit escroc qui pense pouvoir entourlouper tout le monde. Ils vont se retrouver ensemble dans l’une des plus grandes défaites infligées à l’armée française : l’inutilité de la ligne Maginot et la percée des Ardennes.

Une plongée au coeur de l’enfer

Autant vous dire que Pierre Lemaitre nous fait plonger au coeur d’une des périodes les plus sombres de l’histoire, après la mise en avant de cette période trouble des années 20-30 dans Couleur de l’incendie. Les trois personnages principaux évoluent dans ce contexte de début de guerre incertain, ou les allemands vont alors très vite progresser en France. Ils vont être confronté à l’exode de millions de français, l’abandon des pouvoirs militaires et politique d’une grande partie de nos forces armées….

Tout cela, nous l’avons déjà lu, entendu, ou vu dans de nombreux reportages. Pour autant, Pierre Lemaitre ne signe pas avec Miroir de nos peines un énième récit de la débacle française ou de l’arrivée des allemands. Avec son insolence, ses connaissances, mais surtout son génie et son talent littéraire, l’auteur va puiser dans l’essence même de ces quelques mois qui ont vu un pays tout entier mais aussi l’Europe dans son entier sombrer. Et en tirer des personnages, presque en décalés de cette toile de fond, qui sont encore une fois tout le reflet de ce que Pierre Lemaitre fait de mieux. A savoir ne pas décrire des personnages tout blanc ou tout noir. Mais bien montrer qu’en chacun, et surtout en cette période, réside une part de bon et de mauvais.

Des destins mêlées

Si vous êtes un peu familier avec le style d’écriture et surtout de narration de l’auteur, vous connaissez très certainement l’un de ses plus grands pêchés mignon : mettre en scène dès le début du roman plusieurs personnages, ayant en apparence un destin totalement différent, pour les réunir au final lorsque la fin approche.

Miroir de nos peines ne fait pas exception ici, et vous aurez si vous lisez ce roman la joie de découvrir comment tout se petit monde va finir par se retrouver. Car si je vous ai décrit au début de cette chronique les personnages de Louise, Gabriel et Raoul, je suis bien loin de vous avoir parler de tout le monde. Je pourrais vous parler de ce garde mobile qui n’a qu’une idée en tête : prendre soin de sa femme. Ou encore de cet arnaqueur de première qui va de poste en poste, changeant chaque fois d’histoire.

Doit-on faire la fine bouche ?

Miroir de nos peines est un livre étonnant qui a la prouesse de faire de cette période tragique de l’Histoire une étonnante réussite ainsi qu’un savant mélange d’ambitions et d’opportunités à saisir. C’est également un livre qui arrive, malgré le contexte, à mettre le lecture en joie. Au point de le pousser à dévorer ce roman.

Cependant, je ne retrouve pas, à mes yeux, toute la subtilité qui avait fait la réussite de Au revoir là-haut et surtout de Couleur de l’incendie, mon coup de coeur. J’ai plus de mal à m’attacher en profondeur aux personnages qui semblent plus subir l’histoire que la vivre en réalité.

Mais n’est-ce pas au final le propre de cette période ? Surement. En tout cas, je fais la fine bouche. Miroir de nos peines, et bien évidemment les deux autres romans de cette trilogie, sont bien au-dessus pour moi des romans que nous avons l’occasion de lire depuis un moment. Une leçon de génie et de brio d’un auteur tout en retenue, mais qui arrive tout de même à transporter le lecteur bien au-delà d’une simple histoire.

Un seul mot peut désigner mon ressenti en clôturant cette trilogie : bluffant. Si ce n’est déjà fait, vous pouvez vous procurer Miroir de nos peines en cliquant ici !

N’hésitez pas à lire ma chronique sur Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre (tome 1) ainsi que sur Couleur de l’incendie – Pierre Lemaitre (tome 2)

Quentin