Les gratitudes de Delphine de Vigan

Michka doit se rendre en EHPAD. Malheureusement, elle ne peut plus vivre seul. Le pire pour cette ancienne femme qui a longtemps voyagé et travaillé pour un journal : elle perd peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes sont là pour la soutenir : Marie, une jeune femme qui auparavant habitait au-dessus de chez elle. Et Jérôme, l’orthophoniste chargé de lui venir en aide.
Temps pour lire le roman : Une heure et demie
Lieu de lecture du roman : TGV

Nombre de pages : 192 pages

Genre : Roman noir

Maison d’édition : JC Lattès

Un grand grand merci à JC Lattès pour le nouveau roman de De Vigan !

Critique

Ah Delphine de Vigan. Certainement notre auteure favorite à Camille et à moi. Nous vous écrivions d’ailleurs très récemment pourquoi vous deviez lire du Delphine de Vigan. L’année dernière, nous avions également eu la chance de recevoir son dernier roman : Les Loyautés.

Surprise alors en ce mois de janvier 2019 quand nous avons découvert qu’un nouveau roman de l’auteure devait paraître début mars ! Grâce à l’équipe de JC Lattès, nous avons ainsi reçu Les gratitudes afin de découvrir en avant-première le livre !

Avant de commencer cette critique, je souhaiterais vous faire lire cet extrait :

Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences.

Que dire de 9ème roman ? Comment le décrire en une simple chronique tout en réussissant à faire passer les émotions qui ont pu me traverser pendant cette lecture ?

Accepter de lire Les gratitudes c’est tout d’abord être en accord avec son passé. Car au travers des différents personnages, de Marie à Jérôme en passant surtout par Michka, chacun aurait aimé pouvoir être en accord avec son passé afin d’être sûr d’avoir su pardonner, d’avoir su aimer, d’avoir su dire merci. Ce qui inévitablement nous fait nous-même nous poser la question. 

Les gratitudes, c’est également accepter le temps qui passe et qui nous frappe, nous érodant petit à petit tout comme la mer le fait avec les rochers. Si pendant plusieurs années nous développons nos capacités, notre corps s’affirme, petit à petit cela se délite. Ici, Michka perd les mots. Peut-être l’une des pires choses, pour une femme comme elle ? Delphine de Vigan donne l’impression que le sort joue avec notre protagoniste, l’empêchant de pouvoir s’exprimer correctement alors que ce fut le leitmotiv de sa vie et l’un de ses rares moyens encore d’exister et de pouvoir retrouver ceux qu’elle recherche. L’auteure donne également l’impression de nous montrer que le temps passe et qu’il faut savoir au maximum prendre ce que la vie nous donne.

Enfin, elle revient sur l’un des sujets qu’elle maitrise bien et qu’elle aborde déjà dans Jours sans faim, No et Moi, Rien ne s’oppose à la nuit ainsi que Les Loyautés : les douleurs de l’enfance. Au travers de son orthophoniste, qui le dit d’ailleurs dans l’une de ses répliques, Delphine de Vigan nous montre à quel point les douleurs de l’enfance nous accompagnent pendant toute notre vie, au point d’encore ressurgir à quelques encablures de la fin.  

Les gratitudes, c’est surtout, pour moi, le retour en force de Delphine de Vigan, quatre ans après avoir publié D’après une histoire vraie. Un texte tout en beauté, tout en simplicité, qui sans prendre aucun détour ni chemin de traverse, arrive à nous toucher en plein coeur tout en ne négligeant pas le pouvoir des mots. Ce qui nous prouve encre une fois que, comme nous le disions précédemment, il faut au moins lire un livre de Delphine de Vigan !

Conclusion

Les gratitudes de Delphine de Vigan est un livre tout en retenu et en émotion, qui nous emporte d’un bout à l’autre sans que l’on s’en rende compte. Un livre sur la puissance des regrets et des non-dits. Mais également du temps qui passe et que l’on peut difficilement contrôler, apportant son lot de difficultés. Un livre puissant qui ne laissera, je pense, personne indifférent. Surtout, un roman d’une justesse exemplaire. Bluffant, comme d’habitude. 

L’ensemble de nos chroniques sur les livres de Delphine de Vigan :

Vous pouvez également lire notre article sur : Pourquoi lire du Delphine de Vigan ?

Quentin